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Vous pouvez dire aussi que vos oeuvres parlent assez, sans qu'il soit
besoin que vous y ajoutiez les promesses et les vanteries, lesquelles,
étant ordinaires aux charlatans qui veulent tromper, semblent ne
pouvoir être bienséantes à un homme d'honneur qui
cherche seulement la vérité. Mais ce qui fait que les charlatans
sont blâmables, n'est pas que les choses qu'ils disent d'eux-mêmes
sont grandes et bonnes, c'est seulement qu'elles sont fausses, et qu'ils
ne les peuvent prouver. Au lieu que celles que je prétends que
vous devez dire de vous, sont si vraies, et si évidemment prouvées
par vos écrits, que toutes les règles de la bienséance
vous permettent de les assurer ; et celles de la charité vous y
obligent, à cause qu'il importe aux autres de les savoir. Car encore
que vos écrits parlent assez, au regard de ceux qui les examinent
avec soin, et qui sont capables de les entendre. Toutefois cela ne suffit
pas pour le dessein que je veux que vous ayez, à cause qu'un chacun
ne les peut pas lire, et que ceux qui manient les affaires publiques n'en
peuvent guère avoir le loisir. Il arrive peut-être bien que
quelqu'un de ceux qui les ont lues leur en parle, mais, quoi qu'on leur
en puisse dire, le peu de bruit qu'ils savent que vous faites, et la trop
grande modestie que vous avez toujours observée en parlant de vous,
ne permet pas qu'ils y fassent beaucoup de réflexion. Même,
à cause qu'on use souvent auprès d'eux de tous les termes
les plus avantageux qu'on puisse imaginer, pour louer des personnes qui
ne sont que fort médiocres, ils n'ont pas sujet de prendre les
louanges immenses, qui vous sont données par ceux qui vous connaissent,
pour des vérités bien exactes. Au lieu que, lorsque quelqu'un
parle de soi-même, et qu'il dit des choses très extraordinaires,
on l'écoute avec plus d'attention, principalement lorsque c'est
un homme de bonne naissance, et qu'on sait n'être point d'humeur
ni de condition à vouloir faire le charlatan. Et parce qu'il se
rendrait ridicule s'il usait d'hyperboles en telle occasion, ses paroles
sont prises en leur vrai sens ; et ceux qui ne les veulent pas croire,
sont au moins invités par leur curiosité, ou par leur jalousie,
à examiner si elles sont vraies. C'est pourquoi étant très
certain, et le public ayant grand intérêt de savoir, qu'il
n'y a jamais eu au monde que vous seul (au moins dont nous ayons les écrits),
qui ait découvert les vrais principes, et reconnu les premières
causes de tout ce qui est produit en la nature ; et qu'ayant déjà
rendu raison, par ces principes, de toutes les choses qui paraissent et
s'observent le plus communément dans le monde, il vous faut seulement
avoir des observations plus particulières, pour trouver en même
façon les raisons de tout ce qui peut être utile aux hommes
en cette vie. Et, ainsi nous donner une très parfaite connaissance
de la nature de tous les minéraux, des vertus de toutes les plantes,
des propriétés des animaux, et généralement
de tout ce qui peut servir pour la médecine et les autres arts.
Et enfin que, ces observations particulières ne pouvant être
toutes faites en peu de temps sans grande dépense, tous les peuples
de la terre y devraient à l'envie contribuer, comme à la
chose du monde la plus importante, et à laquelle ils ont tous égal
intérêt. Cela, dis-je, étant très certain,
et pouvant assez être prouvé par les écrits que vous
avez déjà fait imprimer, vous devriez le dire si haut, le
publier avec tant de soin, et le mettre si expressément dans tous
les titres de vos livres qu'il ne pût dorénavant y avoir
personne qui l'ignorât. Ainsi vous feriez au moins d'abord naître
l'envie à plusieurs d'examiner ce qui en est ; et d'autant qu'ils
s'en enquerraient davantage, et liraient vos écrits avec plus de
soin, d'autant connaîtraient-ils plus clairement, que vous ne vous
seriez point vanté à faux.
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