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Vous direz peut-être que votre humeur ne vous porte pas à
rien demander, ni à parler avantageusement de vous-même,
parce que l'un semble être une marque de bassesse, et l'autre d'orgueil.
Mais je prétends que cette humeur se doit corriger, et qu'elle
vient d'erreur et de faiblesse, plutôt que d'une honnête pudeur
et modestie. Car pour ce qui est des demandes, il n'y a que celles qu'on
fait pour son propre besoin, à ceux de qui on n'a aucun droit de
rien exiger, desquelles on ait sujet d'avoir quelque honte. Et tant s'en
faut qu'on en doive avoir de celles qui tendent à l'utilité
et au profit de ceux à qui on les fait, qu'au contraire on en peut
tirer de la gloire, principalement lorsqu'on leur a déjà
donné des choses qui valent plus que celles qu'on veut obtenir
d'eux. Et pour ce qui est de parler avantageusement de soi même,
il est vrai que c'est un orgueil très ridicule et très blâmable,
lorsqu'on dit de soi des choses qui sont fausses. Et même que c'est
une vanité méprisable, encore qu'on n'en dise que de vraies,
lorsqu'on le fait par ostentation, et sans qu'il en revienne aucun bien
à personne. Mais lorsque ces choses sont telles qu'il importe aux
autres de les savoir, il est certain qu'on ne les peut taire que par une
humilité vicieuse, qui est une espèce de lâcheté
et de faiblesse. Or il importe beaucoup au public d'être averti
de ce que vous avez trouvé dans les sciences, afin que, jugeant
par-là de ce que vous y pouvez encore trouver, il soit incité
à contribuer tout ce qu'il peut pour vous y aider, comme à
un travail qui a pour but le bien général de tous les hommes.
Et les choses que vous avez déjà données, à
savoir les vérités importantes que vous avez expliquées
dans vos écrits, valent incomparablement davantage que tout ce
que vous sauriez demander pour ce sujet.
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